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Intervenir auprès de personnes dont le poids est plus élevé que la norme sans les stigmatiser



Gatineau, 20 mars 2022


LETTRE OUVERTE


Marie-Michèle Ricard, M.Sc., psychoéducatrice, psychothérapeute, et Dre Annie Aimé, psychologue, fondatrices de la clinique Imavi, et 43 signataires*



En tant que professionnel-les spécialisé-es dans les problématiques liées à l’image corporelle et aux comportements alimentaires, il nous arrive régulièrement de travailler avec des personnes dont le poids dépasse la norme considérée attendue. Pour qualifier le poids de ces personnes, certains utiliseront le terme « obésité », d’autres s’identifieront comme « personne grosse ». Lorsqu’elles consultent des professionnel-les de la santé, ces personnes désirent se délivrer d’une détresse importante. Dans un tel contexte, il est de notre devoir de les recevoir avec bienveillance, de les écouter avec empathie, d’évaluer leurs besoins et de discuter d’objectifs thérapeutiques ensemble.


« Dans un tel contexte, il est de notre devoir de les recevoir avec bienveillance, de les écouter avec empathie, d’évaluer leurs besoins et de discuter d’objectifs thérapeutiques ensemble. »

Malheureusement, il arrive encore que des biais et préjugés négatifs en lien avec le poids colorent les interactions de ces personnes, non seulement avec les professionnel-les de la santé mais aussi avec leur famille, leurs amis, leurs collègues ou même des personnes qui leur sont étrangères. Des comportements discriminants à leur égard peuvent ainsi s’observer dans des milieux de soins, dans des lieux publics ainsi que dans les milieux d’enseignement et de travail. Trop souvent, les personnes dont le poids est plus élevé que la norme peuvent être perçues comme n’ayant pas la motivation nécessaire pour contrôler leur poids ou pour perdre du poids. Loin d’être anecdotiques, les expériences de stigmatisation en lien avec le poids sont aussi présentes dans notre société que le racisme ou le sexisme. En effet, notre société est hautement grossophobe. Tout le monde est touché par la grossophobie et cette forme de violence a des effets majeurs sur notre conception du poids (peu importe le chiffre)!


« Loin d’être anecdotiques, les expériences de stigmatisation en lien avec le poids sont aussi présentes dans notre société que le racisme ou le sexisme. »

Encore plus inquiétant, la stigmatisation en lien avec le poids peut être difficile à déceler et peut même se cacher dans des interventions qui se veulent bienveillantes. Plusieurs professionnel-les interviennent avec de bonnes intentions, mais nuisent, sans le vouloir. À cet effet, nous croyons fermement qu’il est essentiel d’éviter de faire croire aux individus de la communauté ainsi qu’aux professionnel-les de la santé que le poids peut être modifié à la baisse, notamment à partir d’interventions psychologiques axées sur la motivation et les restrictions alimentaires. Ces pratiques entretiennent les biais et préjugés en lien avec l’obésité et contribuent ainsi à une plus grande stigmatisation, qui à son tour, peut apporter une prise de poids ainsi qu’une plus grande détresse psychologique.


À cet effet, nous croyons fermement qu’il est essentiel d’éviter de faire croire aux individus de la communauté ainsi qu’aux professionnel-les de la santé que le poids peut être modifié à la baisse, notamment à partir d’interventions psychologiques axées sur la motivation et les restrictions alimentaires.

Les facteurs déterminant le poids d'une personne sont à la fois nombreux, et très complexes. La croyance simpliste proposant que le poids ne soit que le résultat d’une suralimentation et d’une sédentarité a été, depuis longtemps, démentie. Pourtant, plusieurs s’y accrochent toujours.


La croyance simpliste proposant que le poids ne soit que le résultat d’une suralimentation et d’une sédentarité a été, depuis longtemps, démentie.

Lorsque vous rencontrerez des personnes dont le poids est plus élevé que la norme attendue de la société, rappelez-vous ceci :


  • Elles méritent tout votre respect : le poids ne détermine aucunement la valeur d’une personne. Il ne s’agit que d’une caractéristique physique, au même titre que la couleur des yeux, par exemple.

  • Elles n’ont pas besoin de conseils en lien avec la perte de poids : elles connaissent déjà plusieurs moyens qui s’avèrent infructueux. Ainsi, elles ont plutôt besoin de soutien pratique et émotionnel.

  • Elles n’ont que faire de vos préjugés. Il est de votre responsabilité de les garder pour vous et de les travailler afin qu’ils n’interfèrent pas avec la qualité de votre travail.

  • Elles ont probablement été confrontées à des expériences stigmatisantes, où elles ont été traitées négativement à cause de leur poids. Informez-vous sur ces expériences et faites preuve d’empathie.

  • Elles ne cherchent pas nécessairement à perdre du poids. Puisqu’on ne peut tenir pour acquis que les personnes dont le poids est plus élevé veulent perdre du poids, il importe de bien comprendre les motifs qui les poussent à consulter.


Ainsi, comme professionnel-les, nous tenons à instaurer un lien de confiance avec les personnes qui consultent et dont le poids est plus élevé. Nous reconnaissons qu’elles ont pu vivre des expériences interpersonnelles désagréables. De plus, nous ne prônons pas la perte de poids et les interventions basées sur le contrôle du poids ne correspondent pas à nos valeurs cliniques ni à nos pratiques.


Nous reconnaissons qu’elles ont pu vivre des expériences interpersonnelles désagréables. De plus, nous ne prônons pas la perte de poids et les interventions basées sur le contrôle du poids ne correspondent pas à nos valeurs cliniques ni à nos pratiques.

Poursuivons nos efforts de sensibilisation face à la stigmatisation en lien avec le poids, nos efforts de démystification, de promotion de la diversité corporelle, et d'image corporelle saine et diversifiée!


Accédez à notre lettre parue dans le Journal de Montréal le 4 avril 2022


Pour aller plus loin, nous proposons quelques lectures utiles :

  • Association pour la santé publique du Québec. (2019). Prévenir et contrer l’intimidation à l’égard du poids dans votre école. Guide de pratique à l’intention des enseignants et des intervenants scolaires des écoles primaires du Québec. https://www.aspq.org/nos-outils/guide-de-pratique-prevenir-et-contrer-lintimidation-a-legard-du-poids-dans-votre-ecole/

  • Bergeron, M. (2019). Ma vie en gros, regard sur la société et le poids. Éditions Somme toute.

  • Bernier, E. (2020). Grosse, et puis ? Éditions Trécarré.

  • Ricard, M.-M. (2021). De l’insatisfaction à l’acceptation corporelle, développer une relation plus positive avec son corps. Éditions JFD.

  • Proulx, M.-H. (2019). Il faut changer notre regard sur les gros. https://lactualite.com/societe/il-faut-changer-notre-regard-sur-les-gros/

  • University of Connecticut, Weight bias and stigma research, https://uconnruddcenter.org/research/weight-bias-stigma/


*Signataires :


Karine Cotton, M.Sc., psychoéducatrice, psychothérapeute, copropriétaire de la clinique Imavi

Tanya Guitard, Ph.D., psychologue, copropriétaire de la clinique Imavi

Roxanne Léonard, directrice générale, au nom de l’organisme ÉquiLibre

Josée Champagne, MSS, Directrice générale, Anorexie et boulimie Québec

Rock-André Blondin, doctorant en psychologie, clinique IMAVI

Mélanie Bilodeau, M.Sc., psychoéducatrice, Clinique privée (Trois-Rivières)

Karine Gravel, Dt.P., Ph. D., nutritionniste et docteure en nutrition

Joëlle Lafleur, Travailleuse sociale

Katia Giguère Marchal, doctorante en psychologie, clinique IMAVI

Marie-Josée Rainville, Dt.P-Nut, nutritionniste et fondatrice de Rainville Nutrition

Marilou Morin Laferrière, Dt.P., nutritionniste, propriétaire de Manger en Harmonie et co-propriétaire de Pratique Inclusive

Mélissa Larivière Dt. P Membre ODNQ

Cynthia Gagnon Ph.D., interne en psychologie, Clinique Imavi

Annie Destroismaisons, Dt.P. nutritionniste

Dre Janick Coutu, psychologue et fondatrice de Dose de psy

Isabelle Coiteux-Boudreau, Dt.P., nutritionniste, Clinique Imavi

Cynthia Marcotte, Dt.P., M.Sc., Nutritionniste et communicatrice scientifique

Élisabeth Nolan, intervenante sociale, Maison L’Éclaircie

Ladan Asry, Dt.P., nutritionniste chez Imavi

Josée Guérin, Psychothérapeute et Fondatrice et présidente Clinique psychoalimentaire

Allyson St-Laurent, intervenante sociale, Maison l’Éclaircie

Sarah Turbide, intervenante sociale, Maison l’Éclaircie

Marie-Andrée Cheney, travailleuse sociale, Maison l’Éclaircie

Marie-Pierre Gagnon-Girouard, Ph.D., psychologue, professeure en psychologie à l’UQTR

Geneviève Chagnon Dt.P, nutritionniste

Laurence Plouffe, Ph.D., psychologue

Alexandra Desjardins, psychologue

Jacinthe Dion, Ph.D., psychologue, professeure titulaire en psychologie à l’UQAC

Carole-Anne Leblanc, candidate au Ph.D recherche et intervention en psychologie de l’UQTR

Mylène Dault, Ph.D., kinésiologie, Les Ateliers Silhouette

Catherine Giguère, Nutritionniste, Maison l’Éclaircie

Isabelle Gauthier-Mayers, Dt.P, nutritionniste

Marylee Doré, Intervenante Sociale, Maison l’Éclaircie

Valérie Boudreault, Kinésiologue Accrédité #1014217, Valérie Kiné & Yogi

Marie-Michèle Ghazal, Pharm.D., pharmacienne

Myriam Beaudry, Dt.P., nutritionniste et doctorante en nutrition à l’Université de Montréal

Alexis Gougeon, MSc, physiothérapeute et fondateur de Parle-moi de santé.

Marjolaine Cadieux, Dt.P, M.Sc, Nutritionniste

Tania Valiquette, Dt.P. Nutritionniste, La Maudite Nutritutrice

Benoit Maillet, kinésiologue, préparateur physique

Sarah-Maude Caron-Cantin, M.Sc, professeure clinicienne en sciences infirmières, UQAC.

Sarah Royer-Marcotte, D.Psy., psychologue, Clinique Imavi

Julia Goupil, M.A., sexologue et psychothérapeute