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Stratégies parentales devant l'adversité alimentaire des enfants

Résumé et grandes lignes de la recherche de Kim et ses collaborateurs (2022).


La restriction ou l’évitement de l’ingestion d’aliments se nomme Avoidant Restrictive Food Intake Disorder (ARFID) en anglais.



Avoir un enfant qui a peur d’essayer de nouveaux aliments (aussi appelé néophobie alimentaire) et qui a des goûts et des aversions alimentaires spécifiques peut représenter tout un défi pour un parent, surtout quand ces comportements alimentaires entraînent une restriction importante en termes de quantité et/ou de variété d’aliments consommés.

Quelles stratégies mettre en place ?

La restriction ou l’évitement de l’ingestion d’aliments (ARFID) se manifeste généralement par un grand manque d’intérêt pour les aliments, un évitement de ceux-ci en lien avec leurs caractéristiques sensorielles (généralement la texture) ou encore un dégoût relié au fait de manger. Cette restriction alimentaire affecte les besoins nutritionnels et/ou énergétiques de la personne qui peut présenter une perte de poids significative (ou une incapacité de prendre du poids chez l’enfant ou l’adolescent), un déficit nutritionnel et/ou une altération de son fonctionnement.


Ce trouble alimentaire apparaît généralement à l'enfance, mais est aussi observé chez les jeunes et les adultes. Depuis la nomenclature du DSM-5, une nouvelle littérature a émergé permettant ainsi l’identification et le développement d’interventions appropriées pour ce trouble à d’autres âges qu’à l’enfance.

Nous savons déjà que l’encouragement de saines

habitudes alimentaires, la modélisation par les parents et les expositions répétées à de nouveaux aliments favorisent l’acceptation des aliments. Toutefois, il devenait important de savoir si ces stratégies se montraient aussi utiles pour les personnes atteintes d’ARFID.


À cet effet, Kim et ses collaborateurs (2022) ont analysé les réflexions de 19 239 adultes aux prises avec des symptômes d’ARFID. Ils ont demandé à ces adultes de réfléchir aux stratégies, jadis utilisées par leurs parents, qui visaient à augmenter leur variété et leur apport alimentaires. Ils ont ensuite catégoriser lesquelles étaient rapportées aidantes et lesquelles étaient rapportées non-aidantes.


À retenir : les stratégies coercitives ne fonctionnent pas

Une constatation importante des chercheurs est que les stratégies perçues comme coercitives ne sont pas utiles en termes d’exposition alimentaire. Se sentir forcés à essayer quelque chose, sentir que les enfants provoquaient une colère chez leurs parents parce qu’ils ne s’exposaient pas à la nourriture, être humiliés, voir ses comportements alimentaires critiqués et comparés à ceux des autres membres de la famille, et ne pas être autorisés à quitter la table sont toutes des stratégies coercitives rapportées comme non-aidantes et inutiles en termes d’exposition alimentaire et d’augmentation calorique.


Les chercheurs proposent deux hypothèses afin d’expliquer pourquoi les stratégies coercitives ne fonctionnent pas


  1. Les enfants et les adolescents atteints d’ARFID présentent une très forte anxiété et démontrent une plus grande labilité émotionnelle que les enfants qui ne présentent pas un ARFID, ce qui peut expliquer une difficulté à s’adapter aux exigences élevées. Ces enfants vivent aussi ces expositions comme des expériences très difficiles.

  2. Manger des aliments perçus comme peu appétissants ou dégoûtants est si difficile pour les enfants présentant un ARFID que toute demande de le faire est vécue comme coercitive. Des plus, les auteurs suggèrent que les aliments évités ne sont pas seulement rapportés désagréables, mais bien aversifs. Les enfants présentant un ARFID ne refusent donc pas les expositions par opposition ni défiance, mais bien par mode de survie.


Quelques stratégies rapportées aidantes

  1. Instaurer un contexte émotionnel positif autour de la nourriture,

  2. Reconnaître et valider la difficulté alimentaire de l’enfant et élaborer des stratégies collaboratives,

  3. Fournir une structure autour de l’alimentation et des repas,

  4. Essayer d’augmenter le plaisir ou l’intérêt des expériences alimentaires par le biais d’activités telles que manger des aliments d’autres pays ou provenant de son jardin,

  5. Utiliser le renforcement positif lors des expositions à la nouveauté.


Petits rappels

La catégorisation des aliments n'est pas utile

Les chercheurs rappellent que de mettre l’accent sur les aliments « sains » VS « malsains » peut en fait diminuer l’attrait pour certains aliments et, du même coup, diminuer le plaisir alimentaire et contribuer à instaurer un environnement alimentaire émotionnel négatif.


Les stratégies positives sont rapportées utiles mais l’évitement alimentaire demeure

Les adultes ont rapporté ces stratégies utiles afin d’augmenter la variété alimentaire, d’augmenter le plaisir autour de la nourriture et d’améliorer leur plaisir (ou diminuer leur stress) dans les occasions sociales où ils mangeaient. Toutefois, ces adultes ont continué à éprouver un certain degré d’évitement alimentaire. Ainsi, il est nécessaire de développer des stratégies innovantes au-delà de l’exposition alimentaire pour aider les personnes atteintes d’ARFID ou de symptômes d’ARFID à gérer leurs symptômes.


L’importance de revoir ses attentes parentales

Les chercheurs suggèrent que les parents revoient leurs attentes lorsqu’ils introduisent des aliments. Plutôt que de voir ces expositions comme des épreuves à réussir, les parents gagneraient à voir ces expériences comme le fait de semer des graines qui aideront à construire des souvenirs alimentaires positifs, à augmenter le plaisir de manger et à diminuer l’isolement social amenant l’enfant (et l’adulte) vers une alimentation plus variée.


On termine en soulignant l'importance d’intégrer les parents dans le traitement des enfants présentant un ARFID.

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Source :

Kim, Y. K., Di Martino, J. M., Nicholas, J., Rivera-Cancel, A., Wildes, J. E., Marcus, M. D., Sapiro, G., & Zucker, N. (2022). Parent strategies for expanding food variety: Reflections of 19,239 adults with symptoms of Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder. International Journal of Eating Disorders, 55( 1), 108– 119. https://doi.org/10.1002/eat.23639